Les horoprédateurs sont arrivés !

Les trottoirs de la capitale du Maroc, en plus d’être défoncés par des travaux d’enjolivement parait-il, sont reconnaissables aux pointillés de peinture bleue qui les entourent. Ce coloriage va de pair avec l’installation des horodateurs qui dorénavant quadrillent la ville. Bientôt, vous ne pourrez plus stationner cinq minutes sans avoir à payer ou alors prendre le risque de voir les roues de votre voiture sous l’emprise de sabots.
Mais avant d’aller plus loin, il est légitime de se demander qu’est-ce qu’un horodateur ? Il est communément admis qu’un horodateur est un dispositif électro-mécanique permettant l'acquittement des droits de stationnement des voitures. Il est essentiel dans la gestion du stationnement urbain. Dont acte.
Cet appareil est donc censé apporter des solutions au stationnement et non de créer des problèmes. C’est pourtant ce qui arrive dans la capitale. Par exemple, s’il vous vient à l’idée de déposer votre enfant à son école ou à vouloir l’en récupérer vous devez vous acquitter du prix d’au moins vingt minutes à monsieur l’horodateur. Même chose si vous avez à accompagner un malade ou une femme sur le point d’accoucher à l’hôpital ou à la clinique. Au cas où vous êtes amené à rester longtemps sur les lieux, vous êtes dans l’obligation de venir régulièrement mettre de la monnaie dans l’horodateur.
Depuis quelques temps, la situation s’est aggravée car les horodateurs ont envahi la ville et ne se contentent plus d’être placés devant les services publics, ce qui est une aberration en soi du fait même qu’ils sont des services publics.Vous pouvez les trouver au bas de chez vous et gare à vous si vous n’avez pas de place au garage car vous devez leur payer un loyer qui n’est guère très loin de celui de votre logement. Est-ce que je me trompe ou il n’est pas normal que des horodateurs soient installés dans des lieux d’habitation ? Est-ce qu’une personne qui vient déjeuner chez elle doit, à son tour, nourrir l’horodateur ?
Si au moins les horodateurs étaient placés sur les seules grandes artères mais non ils sont aussi sur les rues étroites à double sens et quelque fois sans la sécurité nécessaire qui pourrait vous inciter à y laisser votre voiture. J’ai vu des horodateurs placés dans des ruelles que les honnêtes gens évitent même en plein jour.
A ce niveau de réflexion, une question s’impose : est-ce que les responsables de la ville n’ont pas les facultés psychologiques nécessaires pour réfléchir à la rationalisation du stationnement urbain afin de mettre en œuvre une stratégie qui accompagne l’augmentation importante du parc automobile ? Il faut croire que non puisqu’ils se contentent de cautionner l’installation d’horodateurs, tout azimut, par une société privée.
Au lieu de faire des horodateurs de vrais prédateurs (des horoprédateurs) n’aurait-il pas été plus raisonnable et efficient de réfléchir à la multiplication de parkings et à des modalités promotionnelles de paiement des places pour encourager leur fréquentation et ne pas les laisservides comme le sont les quelques parkings de la capitale à cause de tarifs prohibitifs.
L’absence de ces mesures de rationalisation fait que les propriétaires des voitures se débrouillent comme ils peuvent pour les stationner souvent à la limite de la légalité. Ce qui a eu pour résultat de créer de petits boulots. En effet, les marocains se sont habitués à la présence d’horodateurs humains qui souvent surgissaient du néant pour réclamer manu militari ce qu’ils considèrent comme leur dû. Ce genre d’horodateurs a au moins l’avantage de ne pas vous obliger à revenir à intervalles réguliers pour y mettre de la monnaie.
En fait, les relations que nous avons avec nos responsables et souvent leur incurie nous placent dans le dilemme de choisir entre deux maux. Est-ce que notre seul sort est d’être les cobayes de responsables ? A quand la mise en œuvre de la démocratie participative qui fait pourtant l’objet de plusieurs articles de la constitution ?

Article publié le 02 avril 2015.





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