C’est justement parce que vous n’êtes pas une femme

C’est justement, cher Monsieur, parce que vous êtes un homme que vous ne pouvez pas vous mettre dans la peau d’une femme qu’on célèbre un jour par an alors qu’elle s’échine le long des 365 jours.
Il est vrai que ce que vous écrivez découle de votre indignation devant la discrimination que subissent les femmes. MAIS…
C’est justement parce que vous êtes un homme que vous ne voyez dans la violence envers les femmes que le côté physique et sexuel. Certes, le harcèlement sexuel et le viol doivent être sévèrement punis. Mais il n’est pas bon de laisser de côté, les aberrations juridiques autrement plus violentes envers la femme. Comme, par exemple, l’impossibilité d’être tutrice de ses enfants alors même qu’ils sont à sa charge.
Parce que vous êtes un homme, vous ne pouvez pas imaginer la violence que subit une femme lorsqu’elle apprend que concernant le statut personnel, son témoignage équivaut à la moitié de celui d’un homme. Sans parler de l’inégalité dans l’héritage qui ne se justifie plus de nos jours parce que la femme participe aux frais du ménage quand elle n’est pas chef de ménage !
C’est encore parce que vous êtes un homme que votre approche contre la violence faite aux femmes est martiale. Une femme dirait que ce n’est pas les prises de karaté et de judo qui mettraient fin à la violence physique mais bien le changement des mentalités machistes par l’éducation au respect de l’autre et à l’égalité, dès le bas âge.
C’est justement parce que vous êtes un homme que vous ne focalisez pas sur la violence psychologique et morale. Je ne sais pas si vous avez une idée de la violence que ressent une femme qui lors d’une opportunité de promotion se voit coiffée par un homme de moindre compétence que la sienne. Ou lorsqu’elle est promue, elle soit dans l’obligation de prouver, chaque jour, que sa promotion n’est pas due à la discrimination positive ou à une quelconque complaisance mais bien à sa compétence.
C’est justement parce que vous êtes un homme que vous ne pouvez saisir le poids de l’ultimatum de choisir entre son foyer et son travail hors du foyer et qui pèse sur la femme, car son partenaire n’est évidemment nullement concerné par le premier. Quand elle n’a pas les moyens du choix, elle est obligée de faire les deux, et bien s’il vous plait, si elle ne veut pas subir la violence des sarcasmes.
Même si la création d’un parti politique basé sur la dimension humaine sans distinction de sexe est séduisante, elle reste cependant utopique. Car les agissements des partis politiques envers leurs militantes, même ceux qui se disent progressistes, sont moyenâgeux. Quand elles arrivent à se placer dans les instances, elles sont déjà épuisées par la lutte qu’elles ont eu à livrer. Leur représentativité au sein du pouvoir législatif reste liée aux listes nationales qui font l’objet d’une lutte féroce au grand amusement des militants hommes. Et quand elles ont la chance d’être présentées aux élections, elles le sont dans des endroits de second rang et où leur chance de les remporter est infime.
Parce que je suis une femme, je tiens à dire pour finir, que le fait même, cher Monsieur, que vous écrivez ce genre d’article, suscite chez moi et certainement chez de nombreuses femmes de l’optimisme et l’espoir de voir les rapports hommes/femmes évoluer vers le respect et l’harmonie.

*En réponse à l’article de Taoufiq Bouachrine traduit par Panoramaroc.





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